Historique de la Revue Milagro (2009 – 2012)

C’était un entre-deux sans intérêt que cette fin de décennie, il y avait forcément de l’ennui. Ce n’est pas naturel, je cherche à m’expliquer pourquoi cette volonté de prendre la parole… Il y avait une rage, on en avait peut-être gros sur le cœur et on cherchait un lieu pour pouvoir le dire. Sûr que ça n’allait pas être en rédigeant nos mémoires boursouflés à l’UPV de Montpellier (PV = Paul Valéry, le premier sans doute à rire devant le cirque qui portait son nom). Sûr que ça n’allait pas être suivant bêtement nos professeurs qui ne comprenaient rien à l’énergie qui nous traversait. Heureusement à côté de ça, il y avait de la liberté, beaucoup de liberté.

Ainsi, fin 2009 naissait le projet d’éructer un coup entre deux pintes de Guinness. A deux rues de là, l’atelier de Mattt Konture égrainait les publications pirates, mes deux potes Julien Regard et Valentin Courtine venaient de me commander un texte pour le numéro zéro de leur revue Banzaï (devenue depuis une véritable institution). C’était le temps de la grippe H1N1, et je commençais à maquetter ce qui allait devenir Milagro, un petit zine d’une dizaine de pages, volontairement médiocre dans sa mise en page, que j’allais photocopier chez un nain grivois de la rue de l’Université. Je finalisais le projet grâce à l’agrafeuse du journal de la fac, dirigé par le même Julien cité plus haut (c’est lui également qui payait les Guinness). Trois mois plus tard, il fallu se rendre à l’évidence, il me serait impossible de tenir une publication régulière et après trois numéros, nous avions tellement déversé d’injures et de provocations via ce petit journal, diffusé ultra localement, qu’il ne restait presque aucun défi à relever. Et voilà achevée la première période de Milagro, véritable bazar pamphlétario-marrant, première aventure éditoriale, largement estudiantin, débile sans être punk, recueil d’articles et d’opinions rares (sic).

Ce n’est qu’un an plus tard que le travail repris, en étroite collaboration avec Simon, associé depuis le début à l’aventure. Nous habitions alors à Marseille et il fallu tout faire à distance. De mails en mails, nous avons récoltés une masse de textes impressionnante et comme c’est nous qui allions vers les gens pour leur soutirer de précieux écrits, pas question d’en refuser, ne serait-ce que pour l’effort. C’était des amis, des connaissances, pour la plupart pas du tout écrivains, et nous nous retrouvâmes bientôt avec plus de 70 pages de bouts de trucs à faire tenir ensemble dont des dessins de Nils Bertho, textes de Christophe Siébert et Rémy de Quanellon. Dès le début, ça sentait les funérailles, et lorsqu’on arriva à Montpellier pour découvrir la bête qui avait été imprimée là-bas et fêter sa sortie, personne n’en avait rien à faire. Fiasco donc, mais belle nuit de beuverie comme seule le désespoir et le nihilisme savent en produire. Il fallait faire un dernier coup et nous décidâmes de publier une anthologie de poèmes de Roger Gilbert-Lecomte dont les ayants-droits bloquaient la publication, l’année d’après pour fermer le ban. On se disait que si on nous foutait un procès sur le dos, on aurait réussi notre coup !

C’est l’histoire d’une volonté, forte, de peser sur quelque chose, mais sans que jamais je ne comprenne sur quoi exactement. Au moins, cette histoire aura eu le mérite de lancer les éditions, et c’est déjà pas mal. Ça aura aussi eu le mérite de forger quelques plumes, d’en entraîner d’autres, que ça ait été suivi d’effets ou non. Cinq numéros, donc, de ce qui restera pour une poignée (et encore!) une revue culte. L’ultra-confidentiel a du bon, on se bat pour rien souvent… petite école de la vie.

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