Un tel bombardement

La cité doit renoncer à son fils. Panique au comptage des cadavres, deux décennies de caprice et voilà le résultat : la cérémonie s’achève dans le sang.

Avril 2015

  • Pierre Andreani
  • Un tel bombardement
  • 40 pages ; 19 x 12 cm ; broché
  • 5 euros (commander)

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C’est un monde chaotique que décrit Pierre Andreani, (…) Un monde en guerre qui a apparemment subi la guerre, (…) Je pourrais presque parler de bombardements d’images, qui restituent la vitesse des engins roulants et des changements d’écrans. D’ailleurs, les bombardés sont aussi hostiles que les bombardements. C’est qu’il y a également trop d’hommes dans ce monde, puisque s’y produit le choc des générations, entre jeunes et vieux, par exemple. Et le poète ne peut que se bagarrer avec son humour noir dans cet espace hostile ou indifférent. J’ai beaucoup aimé(…) le sens du détail. Le rythme ample de ses phrases, découpés comme des versets, et qui sont comme bombardés, par des incrustations d’adjectifs, de ponctuations. Un beau mélange de moderne et d’ancien. Une écriture assurée au style presque aristocratique, qui fait du poète un seigneur au milieu d’un environnement banal.

Patrice Malataverne

Pour être un coup d’essai, Un tel bombardement n’en est pas moins un coup de maître. Son titre même en dit long sur les tensions qui parcourent ces brèves proses poétiques, denses, scandées, elliptiques. Aucune mièvrerie dans le choix du verset, forme plus souple que le vers et souvent adoptée par les poètes méditer-ranéens (comme Constantin Cavafy, Edmond Jabès ou Odysséas Elýtis, parmi bien d’autres). Comme chez eux, chaque texte s’inscrit dans un récit global qui signe l’unité de l’ensemble. On est ici dans une odyssée intérieure où, page après page, on assiste à la transfor-mation d’un esprit et de son rapport au monde. Du reste, comment un tel processus pourrait-il s’accomplir sans douleur ? « J’ai le sang qui bout et qui réclame encore:/ – Provoquez-moi pour que je lutte ! / Ici, la langue bourrue, façonnée de rugosité, n’écoute que sa musique, rattrape le temps malgré la fugue.. » On comprend, à ces seuls mots, l’urgence de cette poésie longuement retenue. Il ne sera pas dit que tout a déjà été dit. Et que les mots ne sont plus que des formes creuses à force d’avoir été triturés par ceux qui se croient les gardiens de la langue. Ceux de Pierre Andreani ont conservé toute leur puissance explosive. En cela il fait pleinement œuvre de poète. À nous maintenant d’entendre sa voix.

Jacques Lucchesi

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